Sardaigne

Mardi 10 septembre: les affaires reprennent Je suis arrivé la veille à Santa Terresa, à 10h00 le bateau est à l'eau, deux petites heures pour vérifier les niveaux, mettre le solent à poste (20/25 noeuds d'Ouest prévus forcissant les jours suivants) et reprendre mes marques, puis en route.

Cabo_Testa_Sardaigne.jpg Cabo Testa près de Santa Terresa

J'avais prévu d'aller à Castelsardo (côte ouest) pour refaire l'antifouling et le joint de quille, mais en faisant un tour minutieux de la coque avant la mise à l'eau je me suis aperçu que je m'étais affolé pour rien. La coque est certes moins rutilante qu'après mes travaux à Granville, mais l'antifouling semi érodable est encore présent à 98%, la matrice dure n'a pas bougée, cela tiendra sans soucis jusqu'à l'hivernage.

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Mauvais temps prévu à l'Ouest, plus d'impératifs, j'ai filé à l'Est jusqu'à Olbia (40 milles). Gilet de sauvetage harnais frappé en permanence. Comme prévu il y avait du vent, je ne sais pas combien mon anémo était encore en grève mais les 20/25 devaient y être. La route devant se faire au portant, aux portes des bouches de Bonifacio dans les Iles Maddalena j'ai pris l'option méditerranéenne: génois seul déroulé au 2/3 pour ne pas avoir à gérer les empannages et mon allure. Bien m'en a pris, j'ai marché entre 5 et 6,5 noeuds (vitesse fond mon loch est aussi en grève), comme prévu les effets de sites me donnait simultanément des allures vent arrière à travers, pour une reprise cool en solo j'étais bien heureux de n'avoir qu'une voile à gérer. Vers 14h00 au sud de l'Ile San Stephano j'ai sorti la GV avec 1 ris, l'allure se stabilisait travers/largue. A partir de là les surfs ont commencé, 7 à 8 noeuds de vitesse fond, un bonheur. J'ai fait le chemin à bon train entre les Iles et la côte Sarde sous un ciel gris et quelques belles averse, mais c'était un pur bonheur, c'est beau, beau, beau! Je comprends mieux pourquoi la Jet Set a investi la Sardaigne Nord Ouest.

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Ensuite, le Capo Ferro passé, j'ai alterné les phases d'appui moteur et de voiles seules avec gestion des rafales dès que le relief laissait passer le vent. Pour finir, le golfe d'Olbia, sous GV 1 ris et solent au début, puis appuis moteur, et moteur seul... Peu de vent, pleine face, les 10 milles du cap Figari au port d'Olbia à 4,5 noeuds de moyenne sous la pluie m'ont paru vraiment long.

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Je pensais trouver une marina avec tout le confort, je me suis amarré à 19h45 entre deux voiliers, le long d'un quai prévu pour des gros bateaux, 50 mètres entre chaque bitte d'amarrage, un rebord de quai menaçant à la ligne de flottaison, pas électricité... Le skipper anglais du gros catamaran derrière moi et des français sur le quai m'ont aidé à m'amarrer, c'est bon la solidarité! Une journée pour étudier l'installation de mon nouveau matériel (NAVTEX et transpondeur AIS), acheter une perceuse et quelques articles de bricolage et réfléchir à mon organisation pour les 8 jours suivants, il me faut être à Olbia mercredi prochain pour accueillir Sylvain, l'équipier rencontré sur une bourse d'équipiers. Resté plus d'une semaine scotché là ne m'enchante pas. Outre l'inconfort pour mes travaux sans électricité (obligé de trouver une combine pour faire charger ma perceuse) j'ai envie de naviguer, de bouffer des milles.

Jeudi 11 septembre, réveillé à 6h30, je sais, je pars, tant pis pour l'avis de vent frais sur la zone, pas grave ce sera du portant 20 à 25 noeuds, j'ai décidé de faire le tour de Sardaigne solo en espérant que les bulletins météo inquiétants évolueront positivement. A 8h00 je largue les amarres, j'envoie la GV avec un ris dans le port, vent arrière j'évite l'audace des voiles en ciseau dans le chenal très fréquenté et garde l'appui moteur. Bien vu, j'ai croisé deux très gros ferry. La dernière bouée passée, j'ai envoyé le génois, 6,5 noeuds au grand largue ensuite slalom entre la côte et les Iles Piana, Tavolara, Molara puis en obliquant après le capo Coda Cavallo j'ai eu le vent travers, j'ai réduit le génois d'un tiers, 7 noeuds, super! Une journée de voile intense à mener le bateau comme un cata léger, l'écoute de grand voile en main pour gérer les rafales en abattant pour éviter de coucher le bateau (25 noeuds selon mon anémo qui n'a plus qu'une pale sur 3, il va être temps que je m'en préoccupe). 19h00 amarrage à Arbatax, 69 milles en 11H, super moyenne pour mon bateau. J'avais envie de continuer mais j'étais fatigué, le prochain port était à 30 milles soit une arrivée entre 11h00 et minuit, pas de pilote côtier pour étudier un mouillage entre les deux et il me fallait une connexion WIFI pour que je puisse consulter soigneusement la météo sur une semaine. Après avoir épuisé l'heure de WIFI offerte par le port, le verdict est clair, je ne pourrais pas faire mon tour de Sicile solo. Dès dimanche soir le Mistral commence à orchestrer un rodéo sur la méditerranée jusqu'au mercredi, je ne pourrais pas être à Olbia à temps. Tant pis, demi tour tranquille, j'ai trois jours pour remonter.

Vendredi 12 septembre, je quitte Arbatax à 8h20, direction le Nord au gré du vent. De 1,5 à 6 noeuds sous voile en zig-zag pour trouver la meilleure allure avec un vent très capricieux modelé par le relief (vent arrière à près serré en 10 minutes sur le même cap...), puis appui moteur quand c'était nécessaire lorsque j'ai décidé de mon escale avant qu'il ne soit trop tard. A 19h30 je me suis amarré à La Caletta avec un passager clandestin; j'ai eu largement le temps de sortir la ligne de traîne et de sortir ma première prise, un magnifique maquereau qui après un séjour dans l'huile d'olive sur ma poêle a réjouis mon dîner. 44 milles en en 11H00, la moyenne était moins glorieuse que la veille, mais résigné, j'ai beaucoup apprécié cette journée à prendre le temps, sans but précis; de longer les côtes du golfe di Orosei au gré du vent à 2 noeuds alors que j'aurais couper court sous moteur en temps normal, de bronzer nu, de me faire une bonne salade le midi, de sortir la ligne de traîne...

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La Caletta me plaît, au bout du port, sur pendilles face à la mer, électricité, eau, sanitaire, je vais rester là et prendre le temps d'installer tranquillement mon transpondeur AIS et ses antennes, le Navtex, changer mes robinets fuyants, faire les reprises de gel coat sur le pont, graisser mes winchs... J'y ai fait plein de rencontres. A cette époque les seuls plaisanciers sur l'eau sont des voyageurs. Ceux avec qui j'ai discuté ont tous une grande connaissance de la méditerranée, et ailleurs pour certain, beaucoup de compétences techniques, d'anecdotes... Parmi eux j'ai particulièrement sympathisé avec Axel. Un allemand de 38 ans sur un Trintella 40 de 1974. Il est arrivé le dimanche, seul à bord. Il a accepté le coup de main pour s'amarrer mais n'en avait pas vraiment besoin. Il arrivait de Maltes après 5 jours de navigation. Il me racontera plus tard qu'il s'était dévié vers le Nord pour éviter le trafic des cargos et autres bateaux de passagers pour dormir tranquillement à 1 ou 2 noeuds de moyenne. Il est resté là jusqu'au jeudi. Nous nous retrouvions pour déjeuner ou dîner, lui perfectionnait son français, moi je baragouinais en anglais. Depuis l'âge adulte il vit à l'étranger. Quelques années en Australie, puis en Nouvelle Zélande et je ne sais plus où. Il navigue depuis 4 ans en Méditerranée sur son bateau qu'il a acheté à Barcelone. Il a pris le temps de faire le tour (Tunisie, Grèce, Turquie...).

La_Negra.jpg La Negra

Le mercredi j'ai loué une voiture pour aller chercher Sylvain, mon équipier Suisse rencontré sur une bourse, et suis rentré sur Paris le jeudi.

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Mardi 24 septembre, je retrouve Sabelaure et Sylvain qui a passé le week-end sur place. Nous avons eu des nouvelles d'Axel. Il était parti à Rome, canal de Funicino, chercher une amie. N'ayant pas d'objectifs particuliers nous sommes allés à sa rencontre et l'avons retrouvé à 6 milles à l'Ouest de L'le Tavolara (Golfe d'Olbia). Nous avons rejoins le mouillage de Porto San Paolo bord à bord, il était un peu plus rapide que moi, cela m'a un peu surpris.

Jusqu'au samedi 28 nous sommes restés ensemble. Olbia pour acheter des pièces pour réparer son bateau (il a eu un accrochage dans le canal de Funicino, il s'est fait surprendre par les forts courants qui ont poussés sont bateau sur un gros bateau de pêche), puis Punta Saline et Capo Coda Cavallo. Chacun sur son bord à bricoler et dîner commun le soir. J'ai réussi à prendre ma revanche entre Punta Saline et Capo Coda Cavallo, nous nous sommes fait une mini régate de 5 milles en bord de prés sous 5 à 10 noeuds de vent (pas d'anémo...), la légèreté de mon bateau à cette fois fait la différence. Na! ;-)

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Mouillage Capo Coda Cavallo

Samedi 28 il était temps pour nous de partir. Axel allait resté encore quelques jours dans le coin et ensuite aller voir sur la côte Ouest pour hiverner son bateau. Il commence à manquer de trésorerie et à avoir envie d'une vie plus sédentaire. J'ai appris cette semaine qu'il avait laissé et mis en vente son bateau à Barcelone.

L'objectif est de rejoindre Cagliari par la côte Ouest avant jeudi car nous avons réservé nos billets d'avion. Capo Coda Cavallo / Isola Rossa (20 milles au sud ouest de Santa Terresa) 66 milles 12h00 de belle navigation avec "seulement" 3H d'appui moteur, avec le plaisir de jouer à nouveau avec le vent entre les Iles Maddalena à tirer des bords "rase cailloux". L'arrivée de nuit par le Nord à Isola Rossa n'est pas si facile, il n'y a pas de balisage et les lumières de l'île se confondent avec celle de la côte. C'est rassurant la cartographie...

Dimanche 29 septembre: Isola Rossa / Capo Falcone 39 milles

A 10h00 nous sortons du port sous GV 1 ris et solent. Il y un avis de vent frais avec très forte activité orageuse sur les Bouches de Bonifacio. Le Golfe Dell' Assinara fait partie des Bouches. Encore une chouette journée de navigation. Au pré, de GV 2 ris/ Solent à GV 1 ris génois le soir, à tirer des bords pour zigzaguer entre les orages. Nous en avons éviter 4, juste quelques gouttes de pluie. Encore une première très formatrice pour moi. 20h15, après un petit tour dans la rade della Reale en longeant la côte de l'Ile Asinara, amarrage au Yachting Club l'Ancora (Rade de Fornelli). Seul voilier dans cette petite marina de 1,40m de profondeur maxi. Vive les lests amovibles! Selon Axel le goût pour les dériveurs est une caractéristique très française, la deuxième selon sa culture germanique serait que nous sommes particulièrement volage en amour... ;-)

Lundi 30 septembre / mercredi 31 septembre: Capo Falcone / Cala Verde (Golfe de Cagliari) 185 milles

8h45 départ. Nous passons prudemment le passage Della Pelosa sous moteur et GV. Nous avons le de vent de face et je sais qu'un bon mètre cinquante de houle de NW du vent de frais de la veille nous attend juste à la sortie de ce passage de 200 mètre de large avec une profondeur de 2 à 6 mètres. Encore une demi heure sous moteur pour tirer un bord nous permettant ensuite de prendre notre route sous voile et c'est parti, GV 1 ris et génois 2/3 au prés, puis 3h plus tard GV et génois entiers au petit largue/ travers. Le bonheur jusqu'à une heure du matin, sous voiles seules... 1h05 le PC de bord s'éteint, plus de batteries servitudes, obligés de mettre en route, jusqu'à 6h00 pour refaire de la batterie et naviguer sous pilote auto. Ensuite c'est reparti sous voiles seules grand largue à 6 noeuds fond. Plus de loch, je suppose que la houle nous donne entre 0,5 et 1 noeud. 9h20, à 5,7 milles de l'Ile del Toro (extrême sud ouest Sardaigne), nous sommes plein vent arrière, j'enroule le génois, re moteur pendant une demi heure puis voiles seules en ciseau, génois tangoné, 4,7 noeuds. Yessss!

Capo_Sperone.jpg Capo Sperone

Sud_Sardaigne_au_leve_du_soleil.jpg Levé de soleil sur le Sud Sardaigne

Pas facile à barrer mais route parfaite, cap 117°, jusqu'à l'arrivée vers 11h00 d'un gros bateau militaire qui nous barre la route au milieu du Golfe di Teulada. Sylvain prend les jumelles et vois lun petit panneau jaune brandi par 3 marins sur le pont: "KEEP AWAY". 5 minutes après les gardes côtes en semi rigide arrivent et nous expliquent qu'il faut faire demi tour. Moteur pour sortir de ce bazar, zoom sur la cartographie, lecture des commentaires: zone militaire... Nous étions à une trentaine de mille de Cagliari. Obligés de faire route inverse sur 10 milles face au vent, puis d'obliquer au 228° sur 4 milles, puis au 114° sur 13 milles avant de pouvoir faire à nouveau route sur Cagliari, au 63° cette fois. J'étais en rage, je m'en voulais de n'avoir été plus vigilant à la VHF, que j'entends sans y prêter attention ne comprenant pas l'italien et très peu l'anglais dans ces conditions. En rage contre ce bon sang de Navtex qui reste muet depuis les quelques messages reçu à la Caletta, en rage car depuis plus de 6h00 je me battais pour garder de la vitesse au plus près du cap, empannais, tangonais, alors qu'avec l'information nous aurions lofé pour contourner la zone à belle allure sans effort. Bref, nous nous sommes amarrés à 19h30 dans le petit port privé de la Cala Verde, avec 1,20m de profondeur d'eau. Un détour de 23 milles, 37h de navigation avec 2h de sommeil, à 20 milles de Cagliari et un port qui me demande 50€ pour la nuit, ...

Mercredi 02 septembre: Nous sommes partis à 9h30 sous voile avec appui moteur. 13h30 amarrage à la Marina del Sole. 15h30 Sylvain m'annonce qu'il arrête là, qu'il a trouvé une auberge de jeunesse et qu'il continuera sa balade autrement. Soulagé qu'il s'en aille. C'est pourtant un type sympa, mais nous étions trop différent, et je n'ai pas fait le moindre effort pour rendre la vie de bord plus agréable. J'attendais d'avantage d'implication de sa part pour apprendre et mener le bateau. C'est un voyageur et non un marin, lui était intéressé par les escales et rencontrer du monde, moi par le trajet. Je ne naviguerai plus qu'avec des amis, je sais composer sur les autres bords avec des inconnus, mais je n'en ai pas envie sur le mien. Et j'aime de plus en plus naviguer seul...

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Cagliari_2.jpg Cagliari

Après le week-end sur Paris je suis resté à Cagliari jusqu'au 15 octobre. Je voulais acheter les panneaux solaires en Tunisie mais on m'a dit que je ne les paierais pas moins cher et que cela risquait d'être compliqué. Je les ai donc commandé en France et ai attendu leur livraison. J'ai profité de cette escale prolongée pour installer deux nouvelles batteries de 100 AH pour les servitudes, mettre le tableau électrique à mon goût et fiabiliser le Navtex.